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Pourquoi de plus en plus de jeunes ne croient plus aux vérités scientifiques

ENTRETIEN – Une étude de l’Ifop, publiée le 12 janvier, montre une défiance croissante du jeune public envers les vérités scientifiques. François Kraus, co-rédacteur de l’enquête, estime que l’essor des croyances infondées s’inscrit dans un contexte de révolution des pratiques informatives.

François Kraus is director of the Pôle Politique et Actualités de l’Ifop. The publish a examinepour la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation Reboot sur la mésinformation des jeunes et leur rapport à la science et au paranormal à l’heure des réseaux sociaux.


LE FIGARO. – Selon une étude de l’Ifop, solely 33% of the jeunes suppose that science brings extra de bien que de mal. C’est 22 factors de moins qu’il ya 50 ans. Remark clarify ce recul ?

Il est vrai que l’évolution de la proportion de jeunes estimant que «science apporte à l’homme plus de bien que de mal» (33% in 2022, in opposition to 55% in 1972) ladies the sentiment that the technology Z is extra défiante à l’égard des bienfaits de la science que la technology du baby-boom. Cependant, il ne faut pas selon moi en tirer un constat trop alarmiste des rapports entre les sciences et la société.

D’abord, as a result of this evolution n’implique pas pour autant qu’une majorité de jeunes exprime aujourd’hui a défiance de prince à l’égard de la science : seuls 17% des jeunes estiment que son apport à l’humanité est plus nocif que positif, soit une proportion qui est certis en hausse (+11 factors between 1972 and 2022) mais qui reste très minoritaire. En réalité, the mass of jeunes a désormais une imaginative and prescient plutôt ambivalente à ce sujet : 41% (+3 factors) d’entre eux considèrent que la science apporte à l’homme «autant de mal que de bien».

Ensuite, as a result of the collection of enquêtes we enable us to review within the subsequent 50 years of the nice evolutions of the general public picture of sciences and methods in France (1972–2020) tends to indicate that the sentiment confiance des Français a l’égard de la science a peut être perdu en intensité mais qu’il reste élevé… Certainly, sure on analyze the greats enquêtes nationales menées sur ce sujet par Frédéric Bon (CNRS) puis Daniel Boy (Cevipof), on observe the identical tendency in l ‘ensemble de la inhabitants française : la proportion de français estimant que la science apporte «plus de bien que de mal» a été divisée par deux entre 1972 (56%) et 2020 (27%) mais ceux qui pensent le contraire n’en sont pas pour autant devenus majoritaires (12% en 2020, +7 factors depuis 1972). In actuality, the French are making use of a nuancée place who’re devenus majoritaires, passing from 38% in 1972 to 52% in 2011 to complete at 62% in 2020. Nonetheless, based on this similar collection of enquête, the sentiment of confidence world de Français envers la science s’est certains érodé en 20 ans (84% en contre 88% en 20021) mais il a surtout perdu en intensité avec une division par deux du nombre de Français ayant très confiance dans la science : 11% en 2020, in opposition to 21% in 2007 and 18% in 2001.

Les jeunes qui consultent les réseaux sociaux de micro-blogging plusieurs fois par jour sont plus imprégnés de vérités options.

Francois Kraus

Lastly, the fragilisation du sentiment de confiance envers la science que nous observons se doit d’être inscrite dans le contexte particulier de la crise sanitaire dont nous sortons à peine. In brutal confrontation the massive public à l’étendue des incertitudes des chercheurs et des médecins, la crise du Covid-19 a en effet fragilisé la confiance du public envers une communauté scientifique qui a pu lui apparaître divisée et lente à réagir. Il est évident que cette confiance était déjà entamée – et pas solely à trigger de la prize de conscience de la crise climatique… – mais son niveau actuel se doit d’être relativisé tant l’influence du Covid a pu être élevé.

Un jeune sur six pense qu’il est attainable que la Terre soit plate. Un sur cinq estime que des extraterrestres ont bâti les pyramides d’Égypte. Quel est le poids des réseaux sociaux dans cette évolution ?

Il est vrai que dans cette enquête Reboot/Jaurès, l’Ifop a tempté de mesurer empiriquement le degré de désinformation des jeunes en évaluant leur degré de croyance à des «vérités options» parmi lesquelles certaines constituent des grands classiques de l’antiscience. Et parmi ces classiques, le plus frappant est sans doute le «platisme» automotive il affiche un nombre conséquent d’adeptes âgés de 18 à 24 ans (16%). En effet, s’il est comparatively secure depuis 2017 (18%), il n’en reste pas moins cinq fois plus élevé chez les seniors (3%). Now, the detailed evaluation of the profile of the platistes reveals that the partisans of the Terre plate se retrouvent naturellement surreprésentés that the jeunes potentiellement les plus exposés à ces theses sur web, à savoir les gros customers de providers de vidéos en ligne comme YouTube (21 %), of messaging functions equivalent to Telegram (28%) or of TikTok as a search engine (29%). En dépit des évidences scientifiques, le contre-discours tenu depuis des années sur web semble donc toujours porter ses fruits chez ceux qui s’informent beaucoup sur les réseaux sociaux.

On ne peut pas faire porter aujourd’hui la seule responsabilité sur les réseaux sociaux et ceci même s’ils sont indéniablement le nouveau moyen d’accès à tout un ensemble de discours alternatifs.

Francois Kraus

Certes, on ne retrouve pas toujours un effet «réseaux sociaux» systématique pour toutes les pretend information. Mais on voit bien par exemple que les jeunes qui consultent les réseaux sociaux de micro-blogging plusieurs fois par jour sont plus imprégnés de vérités options comme l’idée selon laquelle les êtres humains ne sont pas le fruit d’une longue evolution (37%, contre 27% en moyenne), les vaccines à ARNm peuvent tuer des enfants (45 %, contre 32% en moyenne) ou encore l’impression que l’«on peut avorter sans risque avec des produits à base de plante» (36%, in opposition to 25% en moyenne).

De nombreuses chaines, notamment sur la TNT, diffusent régulièrement des documentaires sur les OVNIs et les bases extraterrestres. N’est-ce pas, aussi, une clé de compréhension ?

Il est évident qu’on ne peut pas faire porter aujourd’hui la seule responsabilité sur les réseaux sociaux et ceci même s’ils sont indéniablement le nouveau moyen d’accès à tout un ensemble de discours alternatifs. Le cas le plus frappant de l’influence de la télévision est bien sûr celui de la fameuse Alien Concept qui repose sur l’idée que des extraterrestres auraient joué un rôle dans l’essor des premières civilizations. Or, cette théorie ufologique a été popularisée depuis 2013 en France grâce à une série diffusée sur une chaîne de la TNT (RMC Découverte) qui usurpait les codes du documentaire. Résultat, l’influence est loin d’être negligeable si l’on en juge par le nombre de jeunes âgés de 18 à 24 ans qui souscrivent à l’idée que «les pyramides égyptiennes ont été bâties par des extraterrestres» : 19%, soit trois fois plus que chez les seniors (5%).

Existe-t-il un lien entre le déclin de la science chez les jeunes et la montée des croyances dans les médecines options ou encore l’astrologie ?

Disons that the best permeability of the jeunes to a complotist imaginaire is retroactive in different croyances infondées scientifiquement telles that astrology or occultism. Et pour résumer, je dirais qu’il ya davantage un hyperlink de correlation qu’un hyperlink de causalité entre d’une half, le rejet de tout un ensemble de vérités faisant consensus au sein de la communauté scientifique et d’autre half, l ‘appétence pour tout un ensemble de croyances irrationnelles – dites para sciences – infondées scientifiquement.

Les désordres informationnels de l’ère web viennent sans doute accentuer la perméabilité traditionnelle des jeunes générations à ces croyances surnaturelles.

Francois Kraus

L’enquête montre en effet une porosité croissante des jeunes à des «méthodes scientifiques» pourtant infondées. Ainsi, 49% des jeunes estiment aujourd’hui que «l’astrologie est une science», contre 43% en 1999. Et sur d’autres croyances occultes, cette tendence à la hausse est encore plus nette au regard du nombre de jeunes qui croient par exemple aux esprits (48%, +8 factors depuis 2004) ou en la réincarnation : 35% en 2022, soit une hausse de 15 factors en seize ans.

Et un clivage générationnel se dessine aussi bien dans la croyance dans les prédictions des voyants (38%, contre 12% des séniors) que las croyance aux envoûtements et à la sorcellerie (36%, contre 20% parmi les plus de 65 ans). De même, les jeunes se montrent nettement extra sensibles que leurs aînés à des superstitions à caractère occulte. Globally, 59% croient en au moins une d’entre elles, contre 21% des plus âgés. Et ce hole générationnel se retrouve sur toutes les croyances, qu’il s’agisse du mauvais œil (44%, contre 10%), dans les fantômes (23%, contre 4%), les démons (19% chez les plus jeunes , contre 8%) ou bien encore dans les marabouts (13% des 18-24 ans, contre 4%).

Mais alors la query se pose de savoir s’il s’agit d’un effet d’age – qui peut s’estomper avec le temps – ou d’un effet de génération qui a vocation à durer… En l’état, il est difficile d’y répondre mais les études menées depuis des décennies sur le rapport à la science montraient déjà qu’avant l’ère du numérique, les jeunes étaient plus sensibles à ces croyances. In 1986, Daniel Boy supposait par ailleurs chez les jeunes «l’adhésion à ces systèmes de pensée a valeur de refuge ou de substitut idéologique pour des courses d’âge dont l’intégration sociale n’est pas achevée (statut conjugal, professionnel, social)». Notre hypothèse serait donc plutôt qu’il s’agit à la fois d’un effet de génération et d’un effet d’âge : les désordres informationnels de l’ère web venant sans doute accentuer la perméabilité traditionnelle des jeunes générations à ces croyances supernaturelles.

Par ailleurs, plus de 40% des tiktokeurs considèrent qu’un influenceur est fiable à partir du second où il est suivi par beaucoup de personnes. At-on basculé dans une nouvelle ère où c’est la fiabilité qui crée la popularityité et non l’inverse ? Ce phénomène participe-t-il à la défiance des jeunes envers la science ?

C’est évidemment un risque… L’essor des croyances complotistes ou infondées s’inscrit dans une révolution des practiques informatives où la défiance à l’égard de l’data vertical subject des autorités – politique, médiatiques, scientifiques – s’est coltasse d’une confiance plus grande dans sa transmission horizontale through des réseaux sociaux où chacun est un média en puissance.

41% des jeunes qui utilisent TikTok comme un moteur de recherche adhérent à l’affirmation selon laquelle un influenceur qui a un nombre d’essential d’abonnés a tendence à être une supply fiable.

Francois Kraus

Alors que l’utility TikTok est utilisée par beaucoup de jeunes comme un engine de recherche à half entière, les influenceurs représentent un channel privileged to make circulator des informations, qu’elles soient vraies ou fausse. Chiffre alarmant, 41% des jeunes qui utilisent TikTok comme un moteur de recherche adhérent à l’affirmation selon laquelle un influenceur qui a un nombre essential d’abonnés a tendence à être une supply fiable. On peut y voir un effet de notoriété : la parole d’une personne n’est pas remise en trigger ni questionnée carcelle-ci est suivie par de nombreux utilisateurs du réseau social. Ainsi, the notoriety suffit à se puttre en place de sachant, sans que cela ne shock de nombreux jeunes. Et ce sont les jeunes les plus modestes (les ouvriers à 52%, les plus pauvres à 44%) qui prennent le plus en compte ce citère pour juger de la crédibilité des influenceurs et créateurs de contenus. Tout cela est finalement très symptomatique d’un nivellement des savoirs et de l’experience, ce chiffre révélant à mes yeux le manque de raisonnement critique d’une partie de la jeunesse à l’égard des «influenceurs populaires».

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